Gari, huile de palme, uniformes, tables-bancs, briques : depuis le 4 septembre 2026, les administrations béninoises ne choisissent plus librement entre un produit fabriqué au Bénin et un produit importé pour une longue liste d'articles. Une lettre circulaire du ministre de l'Économie et des Finances leur demande d'acheter local.
Pour un entrepreneur, la vraie question est simple : est-ce que ça me concerne, et par où commencer ? Cet article part du texte officiel, dit ce qu'il impose et ce qu'il laisse ouvert, puis montre où peuvent se trouver les opportunités. Pas de promesse de marchés : une obligation faite aux acheteurs ne garantit aucun contrat à une entreprise en particulier.
Ce que dit la circulaire, en clair
La circulaire porte le numéro n°213/MEF/DC/SGM/DNC/Sp-c. Elle est signée d'Aristide Médénou, ministre de l'Économie et des Finances, et adressée aux ministres. Voici l'essentiel.
Les administrations sont tenues d'acheter local. Les administrations, institutions et autres entités publiques « sont tenues de procéder à l'acquisition » des produits fabriqués localement qui figurent sur une liste annexée au texte. C'est le mot du texte : une obligation, pas un simple encouragement.
Auprès de qui ? Auprès « des artisans, unités de production ou entreprises locales habilités ».
À quel moment ? Dès l'expression du besoin et jusqu'à la réception de la commande. Autrement dit, l'obligation joue à chaque étape de l'achat.
Et l'import ? Il reste possible, mais seulement avec l'autorisation préalable du ministre de l'Économie et des Finances. Pas d'autorisation, pas de produit importé à la place d'un produit local de la liste.
La qualité compte aussi. Les produits doivent respecter les spécifications techniques, normes et exigences de qualité du Répertoire des prix de référence (RPR), en vigueur au moment de l'achat.
Deux choses à garder en tête. D'abord, une circulaire est une instruction adressée aux services de l'État, pas une loi : elle dit aux acheteurs comment se comporter, elle ne donne pas de droit à un marché aux entreprises. Ensuite, le texte ne prévoit ni sanction ni contrôle précis. Il demande aux destinataires de prendre les dispositions nécessaires pour son respect. Comment l'obligation sera suivie dans la pratique, on le verra à l'usage.
Les huit familles de produits concernées
L'annexe du texte liste huit catégories, avec des exemples d'articles. C'est cette liste, et elle seule, qui fait foi.
La liste n'est pas figée : elle est actualisée périodiquement dans le Répertoire des prix de référence. Avant de bâtir un projet autour d'un produit, vérifiez qu'il y figure toujours.
Ce que la circulaire ne couvre pas
Il vaut mieux le dire clairement, pour éviter les mauvaises surprises.
- Pas tous les achats publics. Seuls les produits de la liste sont visés.
- Pas les produits importés revendus au Bénin. Le texte parle de produits « fabriqués localement ». Un distributeur de produits importés n'est pas concerné.
- Pas les services. Maintenance, nettoyage, informatique, transport, conseil : rien de cela ne figure dans l'annexe.
- Pas de garantie de volume ni de prix. Le texte ne fixe ni quantités à acheter, ni budgets, ni prix.
Qui peut vraiment en profiter ?
Les « artisans, unités de production ou entreprises locales habilités ». En pratique, ce sont des acteurs qui fabriquent au Bénin des produits de la liste : un atelier de couture, une menuiserie, une unité de transformation de céréales, une savonnerie, une briqueterie.
Un point reste flou : le mot « habilités ». Le texte ne dit ni qui délivre l'habilitation, ni comment. C'est la première question à poser, à l'acheteur public que vous visez ou à la Direction nationale du contrôle des marchés publics. En attendant, être une entreprise légalement constituée, en règle fiscalement, vous met sur de meilleurs rails pour être identifié comme acteur local crédible.
Pourquoi cette mesure ?
L'idée est simple : l'État est un très gros acheteur, et il veut que cet argent soutienne la production béninoise. Selon La Nouvelle Tribune, les achats publics ont représenté en moyenne 534 milliards de FCFA par an entre 2020 et 2022, soit environ 23 % du budget de l'État. Ce chiffre vient de la presse, pas de la circulaire : prenez-le comme un ordre de grandeur, pas comme un volume de commandes à venir.
La mesure ne fait pas que des heureux sans réserve. Une analyse de Matin Libre salue le soulagement pour les PME, mais pointe deux risques : une production locale qui n'arrive pas à suivre si la demande de l'État grimpe vite, et des prix qui montent sur des produits comme le gari ou le riz local.
Investisseur : où se positionner, famille par famille
Vous cherchez un projet au Bénin et vous ne savez pas par où commencer ? La liste de la circulaire est un bon point de départ : ce sont huit familles de produits pour lesquelles l'État demande à ses acheteurs de regarder d'abord du côté des fabricants béninois. Pour chacune, voici une piste d'activité et ce que la règle change pour vous.
Comment lire ce tableau. Ce sont des pistes d'activité tirées de la liste, pas des projets validés ni des marchés garantis : la circulaire ne fixe ni volumes, ni prix. Chaque idée mérite une étude de marché avant d'investir.
Pour démarrer prudemment, les familles 4 (savons), 5 (flocage de tee-shirts et casquettes) et 7 (artisanat) demandent généralement moins de capital. Les familles 2, 5 (uniformes en série) et 8 supposent des machines, du stock et une organisation plus solides. Il s'agit d'une estimation de notre part, pas d'un chiffre officiel.
Avant de vous lancer : quatre vérifications
- Mon produit est-il dans la liste ? Pas « proche », pas « de la même famille » : dans la liste annexée, consultable et actualisée dans le RPR.
- Est-il fabriqué au Bénin ? Fabriqué, pas seulement vendu au Bénin.
- Respecte-t-il les spécifications du RPR ? Les normes et exigences de qualité du répertoire s'appliquent.
- Suis-je « habilité » ? Demandez ce que cela implique concrètement pour le type d'acheteur que vous visez.
Si vous répondez oui aux quatre, vous avez un positionnement cohérent avec la circulaire. Reste ensuite à suivre les consultations que les administrations publieront.
Être en règle pour être pris au sérieux
La circulaire parle d'acteurs locaux habilités. Un acheteur public cherchera d'abord une entreprise identifiable : immatriculée, avec un IFU, en règle fiscalement. Sans cette base, difficile d'exister aux yeux d'un acheteur, même avec un excellent produit.
Pour un entrepreneur qui démarre, cela pose des questions très concrètes : quelle forme juridique choisir, quels documents réunir, comment obtenir son RCCM et son IFU, comment rester à jour. Notre article Quelle forme juridique choisir pour son entreprise au Bénin ? aide à trancher. Et Yoon accompagne les entrepreneurs dans les démarches de création et de formalisation d'entreprise au Bénin, notamment pour la constitution de SARL et de SAS et les formalités administratives associées.
À retenir
La circulaire du 4 septembre 2026 pose une règle nette : pour huit familles de produits fabriqués localement, les administrations doivent acheter béninois, et demander l'autorisation du ministre pour importer à la place. C'est une porte ouverte aux fabricants locaux, pas un marché garanti : le texte ne fixe ni volumes, ni prix, et laisse floue la notion d'habilitation. Les entreprises les mieux placées seront celles qui fabriquent vraiment au Bénin un produit de la liste, qui respectent les normes du RPR et qui sont en règle administrativement.
FAQ
Sources officielles et références
1. Texte gouvernemental
- Ministère de l'Économie et des Finances, lettre circulaire n°213/MEF/DC/SGM/DNC/Sp-c du 4 septembre 2026 portant promotion de la production locale dans la commande publique, avec sa liste annexée (texte signé consulté). Publication : page « Circulaires » de l'ARMP
- e-Répertoire des prix de référence (la circulaire indique l'adresse « www.erepertoire.finances.bj », qui ne s'ouvre pas : utiliser l'adresse sans « www »)
2. Textes cités par la circulaire
- Loi n°2020-26 du 29 septembre 2020 portant Code des marchés publics en République du Bénin
- Règlement n°01/2014/CM/UEMOA du 27 mars 2014 portant Code communautaire de l'artisanat de l'UEMOA
3. Sources médiatiques complémentaires
- Bénin Web TV : 8 catégories de produits locaux imposées aux acheteurs publics
- Bénin Web TV : autorisation pour remplacer un produit local par un importé
- Nasuba : le « Made in Benin » s'installe dans la commande publique
- La Nouvelle Tribune : l'État à l'avant-garde du consommons local
- Matin Libre : verrouillage de la commande publique au profit du local
