Circulaire du 4 septembre 2026 : ce que l'obligation d'acheter local change pour les entreprises béninoises

07.10.2026
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Circulaire du 4 septembre 2026 sur l’achat local au Bénin : entreprises béninoises et opportunités dans la commande publique

Gari, huile de palme, uniformes, tables-bancs, briques : depuis le 4 septembre 2026, les administrations béninoises ne choisissent plus librement entre un produit fabriqué au Bénin et un produit importé pour une longue liste d'articles. Une lettre circulaire du ministre de l'Économie et des Finances leur demande d'acheter local.

Pour un entrepreneur, la vraie question est simple : est-ce que ça me concerne, et par où commencer ? Cet article part du texte officiel, dit ce qu'il impose et ce qu'il laisse ouvert, puis montre où peuvent se trouver les opportunités. Pas de promesse de marchés : une obligation faite aux acheteurs ne garantit aucun contrat à une entreprise en particulier.

Ce que dit la circulaire, en clair

La circulaire porte le numéro n°213/MEF/DC/SGM/DNC/Sp-c. Elle est signée d'Aristide Médénou, ministre de l'Économie et des Finances, et adressée aux ministres. Voici l'essentiel.

Les administrations sont tenues d'acheter local. Les administrations, institutions et autres entités publiques « sont tenues de procéder à l'acquisition » des produits fabriqués localement qui figurent sur une liste annexée au texte. C'est le mot du texte : une obligation, pas un simple encouragement.

Auprès de qui ? Auprès « des artisans, unités de production ou entreprises locales habilités ».

À quel moment ? Dès l'expression du besoin et jusqu'à la réception de la commande. Autrement dit, l'obligation joue à chaque étape de l'achat.

Et l'import ? Il reste possible, mais seulement avec l'autorisation préalable du ministre de l'Économie et des Finances. Pas d'autorisation, pas de produit importé à la place d'un produit local de la liste.

La qualité compte aussi. Les produits doivent respecter les spécifications techniques, normes et exigences de qualité du Répertoire des prix de référence (RPR), en vigueur au moment de l'achat.

Deux choses à garder en tête. D'abord, une circulaire est une instruction adressée aux services de l'État, pas une loi : elle dit aux acheteurs comment se comporter, elle ne donne pas de droit à un marché aux entreprises. Ensuite, le texte ne prévoit ni sanction ni contrôle précis. Il demande aux destinataires de prendre les dispositions nécessaires pour son respect. Comment l'obligation sera suivie dans la pratique, on le verra à l'usage.

Les huit familles de produits concernées

L'annexe du texte liste huit catégories, avec des exemples d'articles. C'est cette liste, et elle seule, qui fait foi.

Catégorie Exemples d'articles de la liste
1. Produits céréaliers et dérivés Gari fin, gari ordinaire, gari premium au lait de coco, riz, fonio, maïs, mil, haricot, sorgho, attiéké, cossettes d'igname
2. Produits oléagineux et dérivés Huile d'arachide, huile de palme (huile rouge), huile de sésame, autres huiles végétales, pâte d'arachide, graines d'arachide, beurre de karité
3. Boissons et eaux Jus de gingembre, d'ananas, de mangue, de pastèque, de bissap ; whisky de fabrication locale (sodabi et autres) ; eau minérale ; bières
4. Produits d'hygiène et d'entretien Savons liquides, pains de savons, désinfectants
5. Textiles et habillement Tenues des forces armées béninoises et assimilées (militaires, policiers, douaniers, forestiers), tenue du personnel de la justice, tee-shirts, casquettes, maillots personnalisés, tous autres uniformes
6. Mobiliers scolaires et administratifs Tables-bancs, armoires, rayonnages, étagères, fauteuils, tabourets, porte-pagnes, bureaux
7. Instruments culturels et musicaux Tam-tams, tambours artisanaux, flûtes, castagnettes, gongs traditionnels, sifflets traditionnels, perles artisanales, masques et accessoires culturels
8. Matériaux de construction et ouvrages Briques, pavés, tuiles artisanales, menuiseries en bois, ouvrages de ferronnerie

La liste n'est pas figée : elle est actualisée périodiquement dans le Répertoire des prix de référence. Avant de bâtir un projet autour d'un produit, vérifiez qu'il y figure toujours.

Ce que la circulaire ne couvre pas

Il vaut mieux le dire clairement, pour éviter les mauvaises surprises.

  • Pas tous les achats publics. Seuls les produits de la liste sont visés.
  • Pas les produits importés revendus au Bénin. Le texte parle de produits « fabriqués localement ». Un distributeur de produits importés n'est pas concerné.
  • Pas les services. Maintenance, nettoyage, informatique, transport, conseil : rien de cela ne figure dans l'annexe.
  • Pas de garantie de volume ni de prix. Le texte ne fixe ni quantités à acheter, ni budgets, ni prix.

Qui peut vraiment en profiter ?

Les « artisans, unités de production ou entreprises locales habilités ». En pratique, ce sont des acteurs qui fabriquent au Bénin des produits de la liste : un atelier de couture, une menuiserie, une unité de transformation de céréales, une savonnerie, une briqueterie.

Un point reste flou : le mot « habilités ». Le texte ne dit ni qui délivre l'habilitation, ni comment. C'est la première question à poser, à l'acheteur public que vous visez ou à la Direction nationale du contrôle des marchés publics. En attendant, être une entreprise légalement constituée, en règle fiscalement, vous met sur de meilleurs rails pour être identifié comme acteur local crédible.

Pourquoi cette mesure ?

L'idée est simple : l'État est un très gros acheteur, et il veut que cet argent soutienne la production béninoise. Selon La Nouvelle Tribune, les achats publics ont représenté en moyenne 534 milliards de FCFA par an entre 2020 et 2022, soit environ 23 % du budget de l'État. Ce chiffre vient de la presse, pas de la circulaire : prenez-le comme un ordre de grandeur, pas comme un volume de commandes à venir.

La mesure ne fait pas que des heureux sans réserve. Une analyse de Matin Libre salue le soulagement pour les PME, mais pointe deux risques : une production locale qui n'arrive pas à suivre si la demande de l'État grimpe vite, et des prix qui montent sur des produits comme le gari ou le riz local.

Investisseur : où se positionner, famille par famille

Vous cherchez un projet au Bénin et vous ne savez pas par où commencer ? La liste de la circulaire est un bon point de départ : ce sont huit familles de produits pour lesquelles l'État demande à ses acheteurs de regarder d'abord du côté des fabricants béninois. Pour chacune, voici une piste d'activité et ce que la règle change pour vous.

Famille Comment se positionner Ce que la circulaire change pour vous
1. Céréales et dérivés
(gari, riz, fonio, maïs, attiéké)
Une unité de transformation et de conditionnement : décorticage, mouture, emballage aux normes, avec approvisionnement auprès de producteurs locaux. Vos produits sont explicitement dans la liste. Les acheteurs publics qui préféraient un riz ou une farine importés doivent désormais demander une autorisation.
2. Oléagineux
(huile de palme, d'arachide, de sésame, beurre de karité)
Une huilerie ou une unité de transformation du karité et de l'arachide. Même logique : un acheteur public ne peut plus importer librement une huile qui existe dans la liste. Investissement plus lourd, mais produit de consommation courante.
3. Boissons et eaux
(jus de gingembre, d'ananas, de bissap, eau, sodabi)
Une unité de jus locaux et d'embouteillage, avec un soin particulier pour l'hygiène et la conservation. Les jus et l'eau figurent nommément dans l'annexe : vous pouvez viser les achats pour les réceptions et les événements publics.
4. Hygiène et entretien
(savons, désinfectants)
Une savonnerie ou une petite unité de produits d'entretien. Démarrage possible avec peu de capital. Produits consommés en continu : si les administrations achètent local, la demande peut être régulière.
5. Textiles et habillement
(uniformes, tenues des forces armées et de la justice, tee-shirts, casquettes)
Un atelier de confection d'uniformes, ou de personnalisation (flocage, broderie) pour démarrer plus léger. Les tenues des forces armées et du personnel de la justice sont citées expressément, un segment que l'importation ne peut plus simplement occuper.
6. Mobilier scolaire et administratif
(tables-bancs, bureaux, armoires)
Une menuiserie et métallerie spécialisées dans le mobilier de série pour écoles et bureaux. Un marché précis, des produits simples à normaliser, et un acheteur qui doit justifier toute importation.
7. Instruments culturels
(tam-tams, flûtes, masques, perles)
Un atelier d'artisanat de qualité, avec un petit capital de départ. Niche limitée, mais ces produits figurent dans la liste. Plus une activité d'appoint qu'un gros projet.
8. Matériaux de construction
(briques, pavés, tuiles, menuiseries, ferronnerie)
Une briqueterie ou un atelier de pavés et d'ouvrages en bois et en métal. Les chantiers publics peuvent absorber de gros volumes, mais cette famille demande de la capacité de production et de la logistique.

Comment lire ce tableau. Ce sont des pistes d'activité tirées de la liste, pas des projets validés ni des marchés garantis : la circulaire ne fixe ni volumes, ni prix. Chaque idée mérite une étude de marché avant d'investir.

Pour démarrer prudemment, les familles 4 (savons), 5 (flocage de tee-shirts et casquettes) et 7 (artisanat) demandent généralement moins de capital. Les familles 2, 5 (uniformes en série) et 8 supposent des machines, du stock et une organisation plus solides. Il s'agit d'une estimation de notre part, pas d'un chiffre officiel.

Avant de vous lancer : quatre vérifications

  1. Mon produit est-il dans la liste ? Pas « proche », pas « de la même famille » : dans la liste annexée, consultable et actualisée dans le RPR.
  2. Est-il fabriqué au Bénin ? Fabriqué, pas seulement vendu au Bénin.
  3. Respecte-t-il les spécifications du RPR ? Les normes et exigences de qualité du répertoire s'appliquent.
  4. Suis-je « habilité » ? Demandez ce que cela implique concrètement pour le type d'acheteur que vous visez.

Si vous répondez oui aux quatre, vous avez un positionnement cohérent avec la circulaire. Reste ensuite à suivre les consultations que les administrations publieront.

Être en règle pour être pris au sérieux

La circulaire parle d'acteurs locaux habilités. Un acheteur public cherchera d'abord une entreprise identifiable : immatriculée, avec un IFU, en règle fiscalement. Sans cette base, difficile d'exister aux yeux d'un acheteur, même avec un excellent produit.

Pour un entrepreneur qui démarre, cela pose des questions très concrètes : quelle forme juridique choisir, quels documents réunir, comment obtenir son RCCM et son IFU, comment rester à jour. Notre article Quelle forme juridique choisir pour son entreprise au Bénin ? aide à trancher. Et Yoon accompagne les entrepreneurs dans les démarches de création et de formalisation d'entreprise au Bénin, notamment pour la constitution de SARL et de SAS et les formalités administratives associées.

À retenir

La circulaire du 4 septembre 2026 pose une règle nette : pour huit familles de produits fabriqués localement, les administrations doivent acheter béninois, et demander l'autorisation du ministre pour importer à la place. C'est une porte ouverte aux fabricants locaux, pas un marché garanti : le texte ne fixe ni volumes, ni prix, et laisse floue la notion d'habilitation. Les entreprises les mieux placées seront celles qui fabriquent vraiment au Bénin un produit de la liste, qui respectent les normes du RPR et qui sont en règle administrativement.

FAQ

Que dit la circulaire du 4 septembre 2026 ?

Elle oblige les administrations, institutions et autres entités publiques à acheter les produits fabriqués localement figurant sur une liste annexée, auprès d'artisans, d'unités de production ou d'entreprises locales habilités. Tout recours à un produit importé à la place d'un produit de la liste nécessite l'autorisation préalable du ministre de l'Économie et des Finances.

La circulaire est-elle une obligation ou une simple recommandation ?

Le texte emploie le vocabulaire de l'obligation : les administrations « sont tenues » d'acheter ces produits et il parle de « cette obligation ». C'est toutefois une circulaire, c'est-à-dire une instruction adressée aux services de l'État, et elle ne prévoit pas de sanction particulière.

Quels produits locaux sont concernés ?

Huit catégories : produits céréaliers et dérivés, oléagineux et dérivés, boissons et eaux, hygiène et entretien, textiles et habillement, mobiliers scolaires et administratifs, instruments culturels et musicaux, matériaux de construction et ouvrages. Le détail est dans la liste annexée, actualisée dans le Répertoire des prix de référence.

Où trouver la liste à jour des produits locaux ?

Dans le Répertoire des prix de référence (RPR), en ligne sur erepertoire.finances.bj. La circulaire précise que la liste y est actualisée périodiquement.

Une administration peut-elle quand même acheter un produit importé ?

Oui, mais seulement avec l'autorisation préalable du ministre de l'Économie et des Finances, lorsqu'il s'agit de remplacer un produit fabriqué localement figurant sur la liste.

Que veut dire « habilités » dans le texte ?

Le texte ne le définit pas. Il parle d'artisans, d'unités de production ou d'entreprises locales « habilités » sans préciser qui délivre l'habilitation ni comment. À clarifier auprès de l'acheteur public ou de la Direction nationale du contrôle des marchés publics.

Un distributeur de produits importés est-il concerné ?

Non. La circulaire vise les produits fabriqués localement. Un produit importé puis revendu au Bénin n'entre pas dans son champ.

Les services sont-ils concernés (nettoyage, maintenance, informatique) ?

Non. L'annexe ne liste que des produits. Les services restent soumis aux règles générales de la commande publique.

La circulaire garantit-elle des marchés aux entreprises locales ?

Non. Elle oblige les acheteurs à privilégier la production locale pour les produits de la liste, mais elle ne fixe ni volumes, ni prix, ni contrats pour une entreprise en particulier.

Quelles sanctions si une administration n'applique pas la circulaire ?

Le texte ne prévoit ni sanction ni mécanisme de contrôle. Il demande aux destinataires de prendre les dispositions nécessaires pour son respect. La manière dont elle sera suivie reste à observer.

Faut-il une entreprise formalisée pour profiter de cette mesure ?

Le texte vise des acteurs locaux « habilités », ce qui suppose d'être identifiable comme tel. Une entreprise immatriculée et en règle est mieux placée qu'une activité informelle pour se faire connaître d'un acheteur public.

Sources officielles et références

1. Texte gouvernemental

2. Textes cités par la circulaire

  • Loi n°2020-26 du 29 septembre 2020 portant Code des marchés publics en République du Bénin
  • Règlement n°01/2014/CM/UEMOA du 27 mars 2014 portant Code communautaire de l'artisanat de l'UEMOA

3. Sources médiatiques complémentaires

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